La rentrée venue, Stéphane Guillon et Didier Porte sont théoriquement remplacés sur France Inter par trois collègues : dans la matinale (mais une heure plus tard, ce qui change tout, a dit Philippe Val le samedi 28 août 2010 sur SA radio), ce sont Gérald Dahan et Raphaël Mezrahi ; au Fou du Roi, c’est Régis Mailhot. Trois pointures ! Or la première semaine s’est écoulée sans qu’on entende la voix de Gérald Dahan, Mezrahi s’est chargé des trois premiers jours, et c’est... Daniel Morin qui a fait l’intérim le jeudi. Le lundi suivant, Sophia Aram a pris le relais, en tandem avec Ben. Seul François Morel demeure inamovible, et personne ne s’en plaindra, car l’homme a du génie.
Tout cela est donc admirablement organisé.
Examinons la situation.
Pour un remplacement, c’en est un ! Au Fou du Roi, la case horaire de midi huit à midi quinze était vacante, après le coup de Kärcher brillamment passé sur l’antenne par Jean-Luc Hees et son digne adjoint Philippe Val, deux porte-couteaux qui feraient honte au roi des Huns, le cher Attila tant regretté quoique un peu amateur, en comparaison. Bref, Didier Porte n’y est plus, mais la France qui aimait les chansonniers de 1950 peut se réjouir, Régis Mailhot s’est installé dans son fauteuil.
À ce propos, je suggère aux auditeurs, ceux du moins qui auraient tendance à s’ennuyer pendant sa chronique, de compter le nombre de fois où le cher Régis bute sur un mot qu’il n’arrive pas à prononcer correctement. Ou, inversement, tenter de pointer une seule phrase dite sans trébucher. Ce serait amusant, par exemple, de lui faire articuler le prénom de Stallone, que personne n’est capable d’énoncer sans accident de parcours (cent pour cent des locuteurs disent « SylveRster » !). Autrefois, des bafouilleurs sont devenus célèbres, Pierre Repp, Darry Cowl... mais eux le faisaient exprès ! Rappelons que Régis Mailhot est le fils de son père, le chansonnier Jacques Mailhot, qui fit avec d’autres les beaux jours d’une émission de France Inter, dans les années quatre-vingt. Cela s’appelait L’oreille en coin, et on ne craignait pas d’y inviter, histoire de rire sainement entre amis, des célébrités comme Jean-Marie Le Pen. Rien à redouter, on leur cirait les chaussures sans se permettre jamais la moindre impertinence. Ravis, certains revenaient.
Le chansonnier se fait rare, de nos jours, et on n’en trouve plus guère qu’au Théâtre des Deux-Ânes, où le père Mailhot continue d’officier, et où le fils a fait ses classes, apprenant à insérer scrupuleusement dans ses textes une vanne toutes les vingt secondes : le fameux et redoutable stand-up. Naguère, le rédacteur en chef de la matinale de France Inter l’avait engagé pour une chronique à 7 heures 53, mais s’était empressé de le remplacer au bout de quelques semaines, vu le bide récolté auprès des auditeurs. Hélas, il l’avait remplacé par Guillon ! Choix fatal...
Régis Mailhot était donc tout désigné pour remplacer ce « petit tyran » de Didier Porte.
Il est entré à la matinale de France Inter, poste prestigieux auquel il n’aurait jamais osé prétendre. Certes, l’heure de cette « chronique » (attendez, on va expliquer plus loin pourquoi ces guillemets) a été retardée d’une heure, ce que le génial Philippe Val explique par la nécessité de ne plus polluer l’information sérieuse par la gaudriole. Mais enfin, il était là. Ici, et sans grande illusion, on s’était donné le mal d’écouter la première, le lundi 30 août 2010, sans d’ailleurs envisager de récidiver, car Mezrahi reste Mezrahi. Hélas...
Non, il n’y avait pas de chronique. On sait que Mezrahi n’a jamais écrit une ligne de sa vie. Lui, il fait des interviews, donc il fait parler les autres. D’ailleurs, toute sa carrière n’est faite que de cela, mais sur le mode qu’il croit comique. Rappel : il y a une trentaine d’années, Pierre Desproges s’était amusé à faire une interview loufoque de Françoise Sagan, au cours de laquelle il ne lui posa pas la moindre question sur son œuvre et ses méthodes de travail, ne lui parlant que de ses vacances (les siennes, à lui, Desproges), lui montrant des photos prises chez son beau-frère, disait-il, et ne lui donnant aucun occasion de protester, car Sagan était timide et n’osait pas virer celui qu’elle dut prendre, sur le moment, pour un débutant inconscient et un plouc envahissant. Mezrahi, comme tout le monde, a vu ce sketch, et l’a reproduit à des dizaines d’exemplaires avec des dizaines de personnalités, dont peu ont perdu patience, et on doit les en admirer. Il ne fit jamais rien d’autre, mais fut lancé par Ruquier, qui a lancé beaucoup de monde...
Le premier sketch de Mezrahi sur France Inter fut donc du même tonneau : interroger longuement une vieille dame de 86 ans, admiratrice de Michel Sardou, mais qui estimait : 1° que la voix du chanteur n’était plus ce qu’elle était, et 2° que, par chance, la technique d’aujourd’hui permettait de pallier ce petit inconvénient. Fin du sketch.
On voit par là, comme dirait Philippe Meyer, que Raphaël Mezrahi, lui aussi, était tout désigné pour remplacer Didier Porte à la matinale de France Inter. D’autant plus que la moitié du comique de Mezrahi repose sur sa façon de s’habiller, ce qui est, on s’en doute, formidablement efficace à la radio. Mais du moment qu’il « faisait marrer » Philippe Val, c’était l’essentiel.
Hélas, cette partie de sa carrière s’est achevée le mercredi 15 septembre, après deux semaines que seule l’horreur qu’on a des euphémismes nous retient de qualifier de « triomphales ». Depuis le début, c’était couru, vu son faible potentiel comique. Il faut croire que les auditeurs de la station ont fait connaître à l’immense Philippe Val que son choix les avait comblé de joie, et ont invité Mezrahi à se rendre d’urgence en ce lieu où, comme San-Antonio aimait à le dire, les spectateurs d’un match de football invitent volontiers l’arbitre à se rendre d’urgence. Bref, ce jour-là, « Le Monde » annonce que Mezrahi prend la porte pour avoir tenté de remplacer Porte. Il avait encore sévi le matin même, mais c’est terminé. Hypocritement, Val a prétendu qu’il n’était pas viré, tout comme il avait martelé que Porte non plus, en juin : on avait seulement omis de renouveler son contrat.
Au royaume des faux-culs... À qui le tour ?
Il y a bien longtemps que France Inter n’a plus employé d’imitateur, exception faite de l’excellent Didier Gustin, qui officie parfois au Fou du Roi. Le dernier fut Jean-Éric Bielle, qui était de l’équipe de Laurence Boccolini dans Rien à voir, mais fut viré en même temps qu’elle. Il fut engagé par Yves Lecoq dans une éphémère émission avec Virginie Lemoine, Chraz et Laurent Violet, mais, lorsque cette émission s’arrêta, il disparut de la circulation.
Dahan, lui, se produit surtout sur scène, et on se souvient qu’il a participé à une soirée organisée... par l’UMP. Mais cela ne l’empêche nullement de cogner durement sur le souverain qui a fait à la France le don de sa personne. La spécialité de Dahan : les canulars radiophoniques, où brilla autrefois et bien davantage Francis Blanche, qui était une intelligence brillante et un génie du rire comme on n’en trouve plus guère. Il a aussi participé (Dahan, pas Francis Blanche) à la dernière saison du Vrai Journal de Karl Zéro, sur Canal Plus. Avant de prendre son poste dans la matinale de France Inter, il a réalisé sur la même antenne une émission bouche-trou dite « d’été », consacrée à l’humour des autres.
Toujours est-il que, la première semaine, Gérald Dahan a brillé par son absence. Maladie ? Réelle ou diplomatique ? En tout cas, c’est Daniel Morin qui s’y est collé. Il avait plusieurs fois assuré des remplacements dans la matinale. Morin, fort populaire auprès du public, est très bien dans le registre macho-loufoque, mais le genre a ses limites, et elles sont vite atteintes. En outre, il s’est offert un beau plagiat : s’adressant à Jacques Weber le jeudi 9 septembre 2010, il l’a complimenté sur son aspect physique, ajoutant : « C’est simple, on dirait moi ». Or il a piqué cette réplique dans le spectacle de Didier Porte (qui fait dire ça à Guy Bedos), que, par le plus grand des hasards, il était allé voir trois jours plus tôt au Café de la Gare. C’est la technique du buvard.
Dahan a fini par faire son apparition le jeudi 9 septembre, avec une imitation de... Stéphane Guillon ! C’était moyennement drôle, et surtout, il l’imite assez mal, donc cette première tombait un peu à plat. Mais tout, y compris Balladur, vaudrait mieux que Mezrahi. Or Dahan ne tint pas longtemps, lui non plus, et ce fut le triomphe de Philippe Val, qu’on nous avait annoncé comme le meilleur directeur de France Inter depuis que l’Homme a marché sur la Lune. Répétons-le, la thèse de Val, pour virer Didier Porte et Stéphane Guillon, était la suivante : l’humour n’a pas sa place à 7 heures 53, car la séquence humoristique tombe au milieu d’un journal exclusivement consacré aux informations ; donc, déplaçons-la à 8 heures 55, et il n’y aura plus aucun problème. Par ailleurs, les sanctions n’avaient rien de politique, toujours d’après l’évangile selon Philippe ; il s’agissait uniquement de « renouveler » le personnel qui commençait à s’essouffler.
Eh bien, on a vu ce qu’on a vu. Après Raphaël Mezrahi, voici que Gérald Dahan se fait virer à son tour, après seulement douze chroniques à base d’imitations, et à la suite de son sketch dirigé contre Michèle Alliot-Marie, le mercredi 27 octobre 2010. Je vous engage d’ailleurs à revoir ce sketch ici, vous y verrez la pauvre MAM, souriante au début, se décomposer peu à peu, au fil des piques lancées par Dahan avec la voix de Patrick Timsit. Elle a dû apprécier des douceurs comme « Votre quotidien, c’est pas la Justice, c’est Le parrain numéro 4 », ou « Un président inculte qui va bientôt nommer un alcoolique Premier ministre ».
Bref, ce limogeage, décrété après seulement un mois et demi d’activité de Dahan, démontre de façon éclatante que les ruptures de contrat, à France Inter, n’ont rien de politique !
En place depuis seulement une semaine, Raphaël Mezrahi connut déjà deux intérimaires, Daniel Morin, bientôt remplacé par Ben, et Sophia Aram – ce qui montre combien il était important. Ben est assez bon, mais pas du tout politique (il fait plutôt dans l’autodérision), ce qui probablement l’a fait choisir, alors que Sophia, elle au moins, a du talent... et elle est invirable, car elle représente deux « minorités », les femmes et les Arabes !
Néanmoins, on ne pourra pas s’empêcher de remarquer que le prodigieux organisateur mis à la tête de France Inter continue, pour remplir la matinale, de faire son marché au Fou du Roi !
On est navrés d’avoir coupé l’herbe sous le pied palmé du « Canard Enchaîné », mais presque tout ce qui précède dans cette page, hormis la nouvelle de l’éjection de Mezrahi, a été écrit avant que Christophe Nobili publie dans ce journal l’article ci-dessous. C’était le numéoro 4689, daté du mercredi 9 septembre 2010, mais distribué seulement le lendemain, à cause de la grève du mardi précédent. La prochaine fois, on tâchera de traîner un peu.


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Dernière mise à jour de cette page le lundi 29 novembre 2010.