Didier Porte, humoriste - Revue de presse

Revue de presse - 2010

 

Le Monde - TV

Lundi 6 décembre 2010par Martine Delahaye
Le Monde - TV

StreetPress

Vendredi 15 octobre 2010par Benjamin Gans et Maxime Jacquet

Comment ça va, monsieur Porte, trois mois après votre éviction de France Inter ?

Je suis au trente sixième dessous, j’erre dans les rues pour essayer de trouver ma subsistance. Je fais les pare-brises aux carrefours car il y a moins de Roms maintenant, ça a libéré un marché. Ça permet de mettre un peu de beurre dans ses épinards…

 

Vous n’avez pas encore demandé l’asile politique à la Roumanie ?

La Roumanie, non mais la Corée du Nord peut-être. J’ai vu des images très engageantes récemment : il y a un nouveau dirigeant jeune et dynamique et je pense qu’un humoriste officiel pourrait bien servir le régime.

 

Justement, vous avez été qualifié de « petit tyran » par Jean-Luc Hees : je peux vous appeler Kim Jong Porte ? Ou Pol Porte peut-être ?

Pol Porte, oui, j’aime bien !

 

Dans votre livre vous rappelez un commentaire qu’aurait tenu Jean-Luc Hees : « Ils vont très vite se calmer, dans trois mois, ils auront tout oublié de cette histoire… »

Il parlait surtout des auditeurs d’Inter – qui ont dû apprécier qu’on leur attribue une mémoire de poisson rouge. Ça participe du mépris habituel avec lequel Hees s’exprime vis-à-vis des auditeurs de France Inter. D’ailleurs, il a dit clairement « nous voulons faire une radio de l’offre, pas de la demande ». Ça veut bien dire ce que ça veut dire, la demande, c’est les auditeurs, on s’en tape…

 

Quel regard portez-vous sur la salve de départs à France Inter et dans les autres antennes de Radio France ? Pourquoi ça provoque toujours autant de remous ?

Radio France est un ensemble de radios avec lesquelles les auditeurs ont une relation très fusionnelle, c’est la raison pour laquelle ça crée toujours beaucoup de bruit de la part des auditeurs, c’est bon signe d’ailleurs. Ils estiment que la radio leur appartient, ils ont un peu raison, c’est une radio publique. Notre cas à nous est plus symbolique, car nous étions les deux humoristes – il y avait François Morel aussi, mais il est un peu moins sur le terrain politique – qui attaquions le pouvoir et qui nous nous sommes retrouvés virés par une direction nommée par ce même pouvoir.

 

L’intouchable, c’est Daniel Mermet avec son émission Là bas si j’y suis, pourtant très orientée politiquement ?

Daniel Mermet, c’est le Christ ! On l’a crucifié une fois [l’horaire de son émission a été avancé à la rentrée 2009, NDLR], on ne peut pas le refaire une seconde fois. Je crois qu’il était vexé de ne pas avoir été viré, d’ailleurs, mais on peut faire confiance à la direction pour lui serrer la vis, lui couper ses budgets et l’empêcher de travailler le plus possible.

 

Apparemment, ça ne va pas en s’arrangeant : Mediapart vient de sortir un article sur l’ambiance pourrie qui régnerait à France Inter. Ça ne vous étonne qu’à moitié j’imagine ?

Oui, d’autant que le nouveau chef des informations [Jacques Monin, NDLR] a indiqué qu’il ne fallait plus utiliser dans les flashs et les informations le terme d’expulsion, mais « reconduite à la frontière »… Je trouve que c’est bien d’avoir des préoccupations sémantiques de cet ordre-là, et c’est très encourageant pour l’avenir de France Inter.

 

De tout ce qu’on lit, on dirait des méthodes de management dignes de France Télécom !

Apparemment, l’accès à la tour centrale de Maison de la Radio a été fermé pour travaux, donc pour se jeter du haut ce n’est pas possible, mais dès que les ascenseurs seront de nouveau en marche, on risque d’avoir une vague de drames. Non, le plus exposé et je ne lui souhaite pas, c’est le directeur de France Inter, Philippe Val, qui est très malheureux là où il est, et rase les murs en permanence et qui ne peut même plus sortir de la radio sans se faire insulter par les auditeurs.

 

À la lecture de votre livre, on reste stupéfait par l’enchaînement surréaliste des faits qui ont suivi votre chronique sur Villepin…

Tout le monde a compris que c’était un prétexte, et après quinze jours, ils ont arrêté d’invoquer cette chronique pour me virer. Ils m’ont simplement fait une fin de contrat en disant « On change la grille », comme ils l’ont fait pour Guillon. Personne n’a été dupe de cette histoire-là. [Sarkozy vivait très mal nos attaques] et il voulait notre peau. La meilleure illustration de son pouvoir, on l’a eue récemment quand on a appris qu’un journaliste de RTL qui avait eu le malheur de faire un papier sur son futur avion (et la baignoire installée dedans) a dû envoyer une lettre d’excuses à l’Elysée.

 

J’ai été effaré par le peu de solidarité des journalistes à votre égard pour un cas évident d’atteinte à la liberté d’expression qu’ils sont censés défendre : ils vous en veulent personnellement ?

Non, mais les journalistes sont assez corporatistes, on le sait. Il y en a quelques uns, comme Yann Gallic, qui ont été très courageux et se sont déclarés ouvertement en ma faveur. D’autres ont été plus discrets. Je ne demande à personne de se sacrifier pour moi ou de prendre des risques. Je comprends très bien, l’ambiance était à couper au couteau, ils n’ont pas envie de se faire saquer et ils n’allaient pas s’immoler pour moi. C’est vrai que pour mes dernières chroniques, je me suis avancé dans des couloirs déserts pour arriver aux studios.

 

On pense aussi à vos confrères de la matinale, surnommés « les Dalton » : Demorand, Guetta, Legrand…

Un des Dalton est parti sur Europe 1 [Nicolas Demorand, NDLR] et il a eu cette très belle phrase pour saluer « les auditeurs des radios publiques, qui étaient grève ce jour-là » et qui écoutaient du coup Europe 1. C’est un garçon qui s’est très bien adapté, là où il est maintenant.

 

Il y a aussi toute la profession qui n’a pas hésité tirer une balle dans votre cadavre : Annick Cojean, Yves Tréhard, Ivan Levaï, lequel était pourtant venu applaudir votre spectacle…

Ivan Levaï, c’est extraordinaire. Un an auparavant, il vient me voir en spectacle dans son patelin dans les Landes, il vient me saluer à la fin avec madame et une amie en me couvrant de lauriers. Le lendemain, dans sa revue de presse, il dit « Le grand Didier Porte a rempli une salle de 600 personnes en pleine campagne, c’est merveilleux, quel talent ! » Un an après, il signe dans Le Monde une chronique signée par un journaliste tout court, pas de France Inter, en disant « Les malpolis dehors, c’est bien fait pour eux ! ». Le « grand » Didier Porte a apprécié.

 

Le peu de confraternité des humoristes, ça c’est plus classique par contre… Je pense à Laurent Ruquier qui aurait déclaré que vous aviez presque mérité ce qui vous arrive…

Ben voilà, ça c’est Laurent Ruquier. Je ne suis pas en très bons termes avec lui. Il a eu l’occasion de me mettre un coup de pied de l’âne, il l’a mis. Cela dit je ne l’épargne pas non plus, je lui balance aussi des vacheries donc… voilà, c’est partagé.

 

Stéphane Guillon, très clairvoyant, déclarait en octobre 2009, « Sarkozy m’a rendu intouchable ! », vous y avez cru vous aussi ?

Oui je pensais aussi, je pensais être plus exposé que lui et je pensais qu’il serait épargné à cause de sa popularité chez les journalistes. Et non, il a sauté aussi. C’est pour ça que je pense clairement [que] notre tête avait été demandée au plus haut niveau.

 

Finalement, se faire virer c’est pas le signe qu’on a touché là où ça fait mal ?

Bedos explique à qui veut l’entendre que pour un humoriste, se faire virer, c’est notre légion d’honneur à nous. Je suis très content d’avoir obtenu ma légion d’honneur sans faire intervenir Monsieur Woerth ! Quand même…

 

Vous avez l’impression d’entamer une traversée du désert?

Pas franchement, je suis un peu débordé, j’ai plein de boulot. Je travaille pour Mediapart et Arrêt sur images. J’en suis très content, je m’amuse beaucoup à travailler avec eux. J’ai aussi mes spectacles qui tournaient déjà très bien avant et tournent encore mieux maintenant. Je prépare un spectacle pour Avignon l’été prochain. Tout va bien, je ne suis pas trop à plaindre.

 

Vous ne pensez pas qu’artistiquement, c’est la meilleure chose qui pouvait vous arriver ?

Absolument, un type de cinquante piges comme moi, un bon coup de pied au cul, ça peut stimuler.

Dernières nouvelles d’Alsace

Dimanche 10 octobre 2010
DNA

Le Canard Enchaîné

Mercredi 9 juin 2010par Christophe Nobili
Le Canard Enchaîné

NB : dans la liste des mousquetaires du débinage confraternel venus courageusement soutenir leur patron sur Canal Plus, Christophe Nobili a oublié Philippe Lefébure, qu’on se fait un devoir de rajouter ici.

Kamikaze

Mai 2010par Nicolas Brulebois

En ces temps de polémique sur la liberté d’expression (Besson-Guillon : le choc des minus), Didier Porte ne désarme pas : tous les midis, il dynamite France Inter, dernier rempart corrosif dans la station de Philippe Val – l’ami intime de Carla. Attaqué par l’animateur-humoriste Arthur pour injure et diffamation, il revient sur son parcours, son procès, et sa conception de l’humour politique : le plus saignant et enragé possible.

 

K.- Quels journaux satiriques lisez-vous ?

DP.- À peu près tout : « Le Canard », « Charlie », « Siné-Hebdo »... maintenant « Kamikaze », bien sûr ! (rire). Sinon, j’aimais bien les mecs du groupe Jalons, Basile de Koch, le frère de Karl Zéro... Ça avait beau être de l’humour de droite, je trouvais ça très drôle.

K.- Vos références en matière d’humour politique ?

DP.- Bedos. En France, l’humour politique, c’est surtout lui. Mais je n’ai pas de modèle : évidemment, de grands anciens comme Bedos ou Desproges sont importants, mais je ne me sens pas disciple de qui que ce soit.

K.- Bedos, c’est une référence qui commence à dater... L’humour politique, ça a tendance à disparaître, non ?

DP.- Ben, y a Guillon qui en fait maintenant... depuis pas longtemps, mais qui le fait plutôt bien. Chez nous (au Fou du Roi), y a Régis Mailhot, qui est assez chansonnier mais qui fait de bons trucs. Donc non, ça continue toujours. Et puis y a même Anne Roumanoff qui s’y est mise, il paraît ! (rires)

K.- J’ai tout de même l’impression que les humoristes vedettes restent éloignés de la politique...

DP.- C’est vrai que depuis les années 90-2000, les grosses pointures publiques comme Gad Elmaleh, Frank Dubosc ne pratiquent plus ça. C’est sans doute une réaction à l’esprit post-68, une réaction un peu droitière, à ce qui était l’humour contestataire d’une époque.

K.- D’où vous vient cette vocation ? Le cursus habituel des humoristes qui font rire leurs potes, et finissent par en faire leur métier ?

DP.- Ah non... Je suis pas un mec spécialement drôle dans la vie (sourire). Mais j’ai toujours été insolent, gamin. Et puis, quand j’ai commencé comme journaliste, j’aimais bien écrire de manière ironique. S’il doit y avoir des références, ce seraient plutôt les ironistes du début du XXe : Alphonse Allais, tout ce mouvement-là...

K.- Stéphane Guillon, vous le voyez comme un concurrent ?

DP.- Ben oui, dans la mesure où on est dans la même station et sur la même tranche horaire... mais il y a de la place pour tout le monde. Effectivement, j’écoute ce qu’il fait ; s’il est trop bon, ça m’énerve ! J’évite de reprendre les mêmes thèmes... mais parfois ça se rejoint malgré nous, puisqu’on parle de Sarkozy toute la journée.

K.- On m’a parlé d’une polémique entre Guillon et Bern : ce dernier aurait viré la femme de Guillon (Muriel Cousin), qui était chroniqueuse au Fou du Roi... Et Guillon taperait sur Bern régulièrement, depuis ?

DP.- Oui, c’est vrai qu’il lui en veut... Et Bern le prend mal, parce que c’est lui qui a donné sa chance à Guillon. Il l’a lancé au Fou du Roi, puis sur Canal Plus. Même si le gros succès, Guillon l’a surtout eu à la matinale de France Inter, avec son papier sur Strauss-Kahn... c’est quand même Bern qui lui a mis le pied à l’étrier, et il a des raisons de mal le prendre.

K.- La récente affaire de son sketch sur Éric Besson, qui a conduit Jean-Luc Hees à faire des excuses publiques, ça remet en cause la liberté des humoristes d’Inter ?

DP.- Pour ma part, je n’ai rien changé à mon mode d’écriture. On n’a pas encore ressenti le contrecoup de ça ; il y aura peut-être des changements à la matinale, mais pour l’heure, c’est silence radio. Hees s’est excusé sur le mode « on n’attaque pas le physique des invités », et j’ai bien aimé la défense de Guillon le lendemain, qui élargissait la chose à l’humour politique en général (qui ne s’est jamais privé de brocarder la tronche des dirigeants), en disant que par exemple Plantu ne pourrait plus représenter Martine Aubry en éléphant, etc.

K.- Mais le sketch en lui-même, vous l’avez trouvé drôle ?

DP.- Pas tellement : un peu trop premier degré, à filer la métaphore de la taupe FN comme seul ressort comique... Je pense que s’il avait été plus drôle, ce serait passé comme une lettre à la Poste. D’autant que Besson est quand même pas mal compromis, politiquement, et qu’on n’a pas à prendre de gants avec lui. Mais pour être inattaquable, il faut qu’un sketch soit réussi.

K.- Vos rapports avec l’équipe de Bern ? Vous arrivez juste pour faire votre truc, ou vous les côtoyez amicalement ?

DP.- Non, je viens juste pour ça. On a des rapports de collègues... D’ailleurs, je trouve que c’est la meilleure chose à faire, quand on veut rester longtemps : c’est pas un hasard si ça fait dix ans que je suis dans l’émission ! J’suis le plus ancien, vaut mieux garder ses distances et ne pas rentrer dans des histoires...

K.- Dans l’émission, l’invité se trouve comment par rapport à vous ? Ça arrive qu’il essaye de vous déstabiliser ?

DP.- Les invités sont juste à côté, et ouais, y en a qui se mettent à parler pour casser mes effets. Ça peut te foutre en l’air un papier. Y en a qu’on craint un peu, genre Luchini, qui aime bien tirer la couverture à lui et peut être chiant. Mais la dernière fois, il a été super-sympa et s’est marré pendant tout mon papier.

K.- Ceux qui vous ont réellement déstabilisé, c’était qui ?

DP.- Arthur ! Quand il est venu, il avait préparé son truc avec un coach et m’a mis en difficulté en me demandant combien je gagnais, ce que je n’avais pas prévu. Et puis, il est beaucoup plus fort que moi dans les médias : ça fait des années qu’il fait de la TV, du direct, etc. Moi j’ai pas spécialement le sens de la répartie ; je suis un auteur, pas un débatteur. Donc, effectivement, j’ai été déstabilisé et m’en suis pris plein la gueule, mais c’est la loi du genre, faut se mettre en danger.

K.- Le procès qu’iI vous intente, c’est pour un papier dans « SinéHebdo », c’est ça ?

DP.- Ouais, un papier paru en janvier, qui reprenait une de mes chroniques d’Inter. Mais il veut pas attaquer France Inter, pour ne pas être grillé sur notre antenne... Et puis il se dit qu’avec Siné, y a toujours ce soupçon d’antisémitisme, etc. Donc on voit l’intention derrière. Mais c’est assez hallucinant qu’un humoriste... enfin, un mec qui se prétend humoriste, en attaque un autre !

K.- La plainte porte sur quoi, précisément ?

DP.- Injures et diffamation. Injures, parce que j’ai dit qu’il était « truqueur ». T’as vu un peu le niveau d’outrage ? Et diffamation, parce que je dis qu’il a pillé les caisses du service public à l’époque de l’affaire des animateurs-producteurs, ce qui est quasiment de notoriété publique – ça m’étonnerait donc qu’il gagne...

K.- Mais c’est contre-productif, pour lui qui espère se lancer dans l’humour, non ? Il a tout à perdre, là-dedans...

DP.- Il table sur l’idée que personne ne va en parler... D’ailleurs il a raison, puisque aucun journaliste à ce jour ne m’a contacté pour en parler, hormis vous... Ce qu’il veut, c’est que je ferme ma gueule et arrête de le harceler. Il fait encore son spectacle – qui ne marche pas très bien, d’ailleurs : s’il fait gagner des places sur Ouï-FM, c’est qu’a priori ça ne va pas fort.

K.- Y a-t-il eu d’autres invités qui se sont sentis outragés au point de porter plainte ?

DP.- J’avais déjà eu un procès avec De Villiers, qu’il a perdu... mais c’était il y a 15 ans, dans Rien à cirer. Chez Stéphane Bern, Nadine de Rothschild m’a balancé son verre à la gueule, une fois, et le papier n’a pas été diffusé (on enregistrait), parce que je préférais éviter qu’elle attaque.

K.- C’était très violent, ce papier ?

DP.- En gros, je reprenais sa philosophie de vie, « Trouvez vous un mec plein de pognon et faites-le cracher jusqu’à ce qu’il meure »... Et j’évoquais son mec, six pieds sous terre, le présentant comme un maquereau, et elle un peu pute – mais uniquement parce que c’est son discours à elle, hein, que je caricaturais en allant assez loin... Elle l’a mal pris, effectivement. Mais je m’en fous de faire annuler la chronique : une plainte de Nadine de Rothschild, ça n’aurait pas été un procès politique ou un débat super-constructif, hein ?...

K.- Hormis le débat avec Arthur, quelle est la chronique qui a suscité le plus gros courrier d’auditeurs ?

DP.- Avec Serge Moati, un mec qu’a priori j’aurais dû aimer plutôt bien... Mais à l’époque où il est venu, il venait de réaliser un documentaire sur Le Pen. Il avait dit dans une interview : « Le Pen est un type sympathique, cultivé et marrant », ce que j’avais évidemment trouvé limite ! Dans le même temps était sorti un livre, Histoire secrète de la Ve République, qui revenait sur les agissements de Le Pen pendant la guerre d’Algérie. Le livre contenait le témoignage d’un gamin qui avait vu son père torturé et tué quelques heures plus tard, par le groupe de Le Pen dans la Villa des Roses. Ça avait fait l’objet d’un procès, Le Pen avait attaqué, perdu.

K.- Et Moati ne pouvait pas de ne pas le savoir.

DP.- Exactement. L’affaire était jugée et appartenait à l’Histoire. Donc, je prends un extrait du témoignage du gamin, sur Le Pen torturant ce mec, et je finis de la manière suivante : « Je suis pas certain que les adjectifs sympa, cultivé et marrant soient les plus adaptés au personnage dont je viens de vous parler ». Et là, Moati me couvre d’injures, dit que mon papier est un torche-cul ! Il me gerbe dessus sans argumenter, avec un mépris de notable genre « Qui tu es, toi, petit chroniqueur de merde, pour venir me chier dans les bottes ? ». Tu voyais bien le mec copain avec tout le PS, qui a été président de chaîne, et d’un total mépris pour des types comme moi. Cette chronique était intéressante, parce qu’elle a fait sortir un truc, une vérité sur Moati qui n’était jamais apparue à la plupart des gens qui le connaissaient pour ses émissions ou ses films.

K.- Arthur aussi vous prend de haut, quand il dit « Moi je suis devenu patron alors que toi tu es toujours chroniqueur ».

DP.- C’est des conneries. Il prétend que je suis dur avec lui parce que j’aurais un compte à régler. J’ai eu le malheur de dire, pour rire, qu’on avait débuté en même temps, depuis il laisse entendre que je suis jaloux, etc.

K.- Parce que vous avez bossé dans la même radio à vos débuts, c’est ça ?

DP.- On s’est virtuellement croisé dans une petite radio associative socialiste il y a 25 ans... Moi je bossais ailleurs, et je leur faisais des chroniques une fois par semaine. Je n’y ai jamais croisé Arthur, j’en avais juste entendu parler, parce qu’il était déjà désagréable et que les mecs ne l’aimaient pas... En plus, Arthur, à l’époque des radios libres sur une antenne PS, je sais pas si t’imagines le truc ! (rires). C’est bien la preuve qu’il était prêt à tout, hein...

K.- Son trip d’humoriste, ça vient d’où ? Une passion longtemps refoulée ?

DP.- Il a envie de reconnaissance, et aller sur scène pour devenir une vraie vedette, c’est plus honorable que la TV.

K.- Vous aussi, vous faites du one-man show. Vos spectacles, c’est quelle fréquence ?

DP.- Quatre-cinq par mois, à peu près... Mais je fais plus de monde qu’Arthur ! (rires)

K.- Ça porte toujours sur le monde politique/médias, ou c’est plus fictionnel ?

DP.- Toujours sur la TV, la politique... J’en ai un, par exemple, c’est un mec qui appelle TF1 : iI organise un Téléthon pour sauver la classe ouvrière, cherche à joindre Laurence Ferrari mais tombe sur le patron, Nonce Paolini... Il essaye de lui expliquer ce que c’est que la classe ouvrière, mais le gars n’y comprend rien. C’est un sketch, mais ça reste sur mes thèmes habituels. Dans un autre, je fais un reporter de guerre au Darfour, qui essaye d’organiser la file de réfugiés derrière lui, pour que ce soit télégénique... C’est des sketchs joués, si tu veux, mais je ne suis pas une bête de scène, ni un comédien Actor’s Studio ! (rires)

K.- Ce mélange des genres, entre chroniqueur et humoriste, ça ne brouille pas votre image ? Je me souviens d’un commentaire du Professeur Rollin, à votre propos, qui disait ne pas aimer ce type d’humour politico-médiatique. Ces gens qui ne sont pas des « purs » humoristes.

DP.- C’est justement ce que je revendique ! Pouvoir faire les deux. J’ai peur d’être enfermé dans le rôle de l’humoriste et du bouffon, avec interdiction d’en sortir : c’est une façon de désamorcer tes propos et les rendre insignifiants. Les journalistes ne parlent jamais de moi parce qu’ils n’aiment pas les gens à mi-chemin entre ce qu’ils font et la comédie. Ils préfèrent les vrais comédiens comme Guillon. Moi j’aime les ruptures de ton, et je revendique le fait de ne pas être drôle, des fois... Pouvoir faire un papier plus journalistique quand je veux. J’ai été journaliste pendant quinze ans, et c’est ça qui m’intéresse : pouvoir basculer d’un moment à un autre, sans me laisser enfermer.

K.- Y a-t-il des thèmes que Bern vous déconseille ?

DP.- Bern n’influe pas sur nos thèmes, il nous briefe juste un peu sur l’invité s’il le connaît. L’autre fois, y avait cette actrice un peu évaporée, là, qui était avec De Caunes à une époque, Elsa Zylberstein ! C’était au moment où elle venait de quitter le fils Bedos pour aller avec le conseiller-presse de Sarkozy, Georges-Marc Benamou. Alors moi je déconne dessus, et à aucun moment je ne cite Bénamou... J’aurais pu le dire, vu qu’ils s’étaient déjà affichés ensemble aux Césars ou à une réception du genre... Mais la nana avait tellement peur que je dise son nom, qu’elle s’est mise à avoir des vapeurs.

K.- Pour rire, ou sérieusement ?

DP.- Sérieusement ! Elle s’est mise à pleurer, alors que je déconnais un peu, sans mentionner le mec... Alors ça, là, oui, Stéphane n’aime pas trop, vu que c’était quelqu’un qu’il connaissait. Donc, s’il y a une histoire de cul de ce genre, il me demande si j’en parle dans mon article – en espérant que non, bien sûr ! Mais il m’est arrivé de passer outre : je n’obtempère pas systématiquement ! Je fais juste un peu plus gaffe, quoi...

K.- Vous jouez beaucoup sur le côté gauchiste enragé... Vous avez déjà été « engagé », dans des associations ou un parti ?

DP.- Je n’ai jamais été encarté. J’ai sûrement été assez marxiste dans ma jeunesse... et même certainement un peu dogmatique et psychorigide sur le plan idéologique. Marxiste pur et dur, j’ai fait Sciences-Éco : pas pour faire carrière à la banque, mais parce que je m’intéressais à la critique de l’économie politique. Mais j’ai aussi toujours été libertaire, fêtard, j’ai fumé des joints, bien aimé picoler. Je déteste l’autorité, alors je n’aurais jamais pu être encarté au PCF – alors qu’à une époque je défendais quand même leurs thèses. Et encore moins dans une organisation trotskiste, genre l’OCI ou Lutte Ouvrière. Peut-être à la Ligue, à l’époque où ils étaient assez rigolos, dans les années 70... mais je pense que ça m’aurait vite fait chier.

K.- Vos chroniques se font comment ? Vous arrivez les mains vides ? Ou vous avez déjà gambergé la veille ?

DP.- Non, j’ai pas le temps, trop de trucs à faire. Souvent, je décide le matin même Je me lève à 2 heures du mat’, pour écrire. Et une chronique me prend environ quatre heures.

K.- Vous testez sur des gens autour ?

DP.- Non, je ne me fais pas influencer, c’est à double tranchant. L’intérêt de ce boulot, c’est qu’on ne sait jamais : souvent je suis surpris, des trucs que j’imaginais marcher se vautrent, ou inversement. J’ai cette sorte de superstition : quand je suis sûr que ça va marcher, ça va sûrement se planter ! (Rires) Donc ça m’oblige à être humble : trop croire en ses effets, c’est le meilleur moyen pour que ça ne marche pas.

K.- Le week-end, vous vous coupez du monde ?

DP.- Tu rigoles ? J’ai quatre gosses, dont un de six mois et l’autre de vingt mois ! Alors impossible... J’essaye de prendre un peu le temps pour regarder la TV et trouver quelques sujets, mais j’ai de moins en moins le temps. Avec six chroniques par semaine, c’est dur. J’ai arrêté « Siné-Hebdo », parce que je n’y arrivais plus. Ça et les spectacles... c’est une tuerie, je suis sur les rotules.

K.- Qu’est-ce qui a changé pour vous, à Inter, depuis l’arrivée de Val ?

DP.- Rien du tout ! II est sûrement copain avec Carla Bruni, comme il ne s’en cache pas... mais pour l’instant, il est plus que discret. Aussi bien lui que Jean-Luc Hees, le fait d’être nommés par la présidence ne leur facilite pas le boulot, c’est peu de le dire. Mais je ne peux pas leur faire de procès d’intention : je n’ai aucun contact avec eux. L’autre jour, j’ai quand même fait un papier sur la rumeur d’histoires de cul entre Bruni et Biolay, j’ai été le seul à en parier... Je m’attendais à un truc, coup de fil ou autre. C’est passé comme une lettre à la Poste.

K.- Justement, vous étiez là quand Carla est venue... Elle est comment ?

DP.- Très marrante. Elle était juste à côté de moi, en micro-jupe... En plus, elle te regarde toujours avec des yeux pas possibles ! C’est une nana qui est en état de séduction permanente, et c’est terrible, de se concentrer avec son regard fixé sur toi. Dans mon spectacle, je dis « Elle est peut-être un poil allumeuse, quand elle est venue au Fou du Roi, j’ai pas compris qu’elle était en minijupe, j’ai cru qu’elle portait une minerve » (Rires).

K.- Vous devez recevoir pas mal de messages d’insultes ou de menaces ?

DP.- J’en ai reçu un ce matin qui est pas mal, dans le genre (il déplie une feuille et lit) : « Le résidu marxisant post­gaucho qui ne cesse de mouliner sa rage et sa rancœur parce que le mouvement du 22 mars a fait flop et que cette génération n’a pas plus de goût pour les héros gâteux que la mienne pour les anciens combattants, etc. ». Le résidu marxiste post-gaucho, c’est moi (rires).

K.- Les menaces que vous avez reçues, vous ne vous êtes jamais dit « Ça a l’air sérieux » ? Jamais demandé d’aide de la police ?

DP.- J’ai reçu des menaces de mort, oui. Mais bon, avec la police, c’est moi qui aurais peur, pour le coup... (rires)

K.- Pourquoi vos spectacles n’existent pas en DVD ?

DP.- Les producteurs ne s’intéressent pas à moi, et je m’en trouve très bien : je me produis moi-même, je ne leur lâche pas un rond. Comme les spectacles marchent, c’est une très bonne affaire pour moi.

K.-Vous faites des salles de quelle capacité ?

DP.- La plupart 400, 500 places... mais parfois 700, 800.

K.- Comme Arthur, en somme.

DP.- Oui, on fait le même réseau de salles. Sauf que lui remplit avec des invitations, et moi avec des gens qui payent (rires).

K.- Et lui, il invite des gens dans son fameux jet privé...

DP.- Oui, ça fait partie des choses que j’ai dites, qu’il n’a vraiment pas aimé... Ça, et puis l’assimilation avec un oligarque russe.

K.-Vous parlez souvent d’un humoriste que vous appréciez, Laurent Violet... Il me semble qu’il avait disparu plusieurs années, non ?

DP.- Aujourd’hui, justement, il bosse pour Arthur, sur Ouï-FM ! J’aime bien ce qu’il fait, il a un humour assez ravageur et a longtemps été tricard dans le métier. J’adore ses spectacles, et parfois on fait scène commune. Donc voilà, je trouve dommage que l’on reçoive partout un mec comme Arthur alors que Violet, qui a cent fois plus de talent...

K.- Vu que vos chroniques marchent bien, et que vous êtes depuis dix ans sur Inter, on vous a déjà proposé d’animer votre propre émission ?

DP.- Non, je ne l’aurai jamais. Je suis très étiqueté gaucho. Ça va parce que je m’inscris dans une émission globale avec d’autres gens... mais ça m’étonnerait.

K.- C’est pas un peu contradictoire, de vous laisser être aussi méchant alors que dans le même temps, Bern et la plupart des autres sont quand même à fond dans le cirage de pompes ?

DP.- Non, ça contrebalance, je suis là pour ça : la caution critique de l’émission.

K.- Et ça vous crispe, quand il fait de la lèche ?

DP.- Parfois oui. Je te cache pas qu’avec Stéphane Bem, on n’a pas la même vision du monde ! M’enfin, du moment qu’il me laisse faire ce que je veux...

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