Didier Porte, humoriste

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Rien à cirer

Index des textes de Didier Porte

pour Rien à cirer

Jean-Claude Bouttier

Élizabeth Teissier

Jacques Gaillot

Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois

AB Productions

Jérôme Duhamel

Jean-Charles de Fontbrune

 

Cette émission n’aurait peut-être jamais vu le jour sans... Édith Cresson ! Au début de son fulgurant séjour de Premier ministre à l’Hôtel Matignon, quelqu’un s’avisa de lui dire que sa politique avait sur la Bourse de Paris un effet négatif. Sûre d’elle-même et dominatrice, la fière Édith alors s’écria de sa belle voix de crécelle : « La Bourse, j’en ai rien à cirer ! »

Dans la mesure où cette expression n’a que peu à voir avec l’entretien des chaussures, ce qui peut induire en erreur les étrangers, elle était audacieuse ; surtout dans la bouche d’une femme – quoique les mœurs, en ce domaine, évoluent à une vitesse croissante –, et d’un Premier ministre ! Mais la bouillante Édith ne faisait que suivre la nouvelle mode, mise à l’honneur par le délicat Michel Charasse, alors ministre du Budget, qui avait proclamé quelque temps auparavant : « Je ne suis pas de ceux qui se mettent un bâton dans le cul pour être plus raide ! »

Toujours est-il que ce mot de madame Cresson, dont Philippe Meyer prétend qu’elle possède le don de pouvoir faire regretter n’importe qui, ce mot, popularisé par les journaux, la radio et la télévision, connut une grande fortune. Et quelques semaines plus tard, à l’automne 1991, France Inter lançait sur les ondes une nouvelle émission intitulée Rien à cirer.

Cette émission, diffusée le dimanche matin de dix heures à midi, c’est-à-dire à une heure de grande écoute, était produite par un jeune animateur de vingt-huit ans, Laurent Ruquier. Havrais d’origine, et transfuge d’Europe 1, il avait débuté sur France Inter l’année précédente dans Le Vrai-Faux Journal de Claude Villers, travaillé quelque dix-huit mois sur Antenne 2 dans Ainsi font, font, font, l’émission de Jacques Martin, et assuré durant l’été 1991, toujours sur France Inter, l’une de ces émissions bouche-trou dites pudiquement « d’été », Ferme la fenêtre pour les moustiques, avec ses complices le comédien vétéran Jacques Ramade (il est né en 1928) et l’imitateur Pascal Brunner, lui aussi venu du Vrai-Faux Journal. Il va sans dire que ces trois émissions étaient de nature satirique.

Ramade et Brunner faisaient partie de la nouvelle équipe de Rien à cirer, enrichie peu à peu d’une kyrielle d’imitateurs et d’humoristes, lesquels se succédèrent jusqu’au dimanche 29 décembre 1996, date de la dernière. Certains acquirent une certaine notoriété, tels Pascal Brunner, Laurent Gerra, Christophe Alévêque ou Virginie Lemoine ; d’autres, de cabarets en cafés-théâtres, restèrent dans un semi-anonymat.

L’un des chroniqueurs les plus marquants de Rien à cirer fut Didier Porte, qui assuma dès le début le rôle du méchant, du teigneux, du gauchiste invétéré. Didier Porte, journaliste et humoriste cinglant, plume insigne, mais trop à gauche pour demeurer en place après l’élection de Jacques Chirac à la Présidence de la République en 1995, en fut renvoyé par décision du nouveau directeur des programmes, un certain Santamaria. Et Ruquier ne le défendit guère, hélas ! Beaucoup moins qu’il défendit plus tard Gérard Miller, personnage pourtant moins intéressant et beaucoup plus conventionnel et accommodant avec les puissants, bien qu’il adore passer pour un casseur de briques.

Rien à cirer connut une édition télévisée, sur France 2, à laquelle Didier Porte ne collabora pas. Cette mouture télévisuelle échoua, car elle faisait doublon avec l’émission radiophonique devenue entre-temps quotidienne sur France Inter, et ce rythme infernal ne pouvait être tenu longtemps. Les redites agaçaient peut-être la fraction du public qui suivait les deux versions, et surtout, la formule à base de sketches écrits en hâte pour une diffusion unique à la radio ne convenait guère à la télévision… laquelle remercia Ruquier au bout de quelques mois.

L’échec de sa tentative télévisée ne servit pas de leçon à Ruquier : à la rentrée de septembre 1995, on apprit avec stupeur que l’émission passait, avec de gros moyens financiers, sur TF1 ! Dans l’esprit des concepteurs de cette chaîne, qui s’étaient engagés à rester les « mieux-disant culturels » du P.A.F., elle devait rameuter les téléspectateurs afin qu’ils restent plus nombreux, ensuite, devant le Journal de 20 heures. Mais l’esprit de Rien à cirer était à ce point en contradiction avec les impératifs ultra-commerciaux et la vulgarité crasse de « Télé-Poubelle » qu’on ne prédit pas un grand avenir à la nouvelle mouture, rebaptisée Les Niouzes. En effet, elle dura… cinq jours. Didier Porte, cette fois, faisait partie de l’équipe, et sa présence en ce lieu ne manqua pas d’étonner ceux qui avaient fini par le connaître. Mais il prit soin de ne jamais apparaître à l’écran que dissimulé sous un masque de carnaval. Ce fut sa seule participation sur TF1 !

C’est en plein succès que Rien à cirer fut supprimée de la grille de France Inter, fin décembre 1996. Ruquier affirme qu’il a pris seul sa décision, parce qu’il finissait par s’ennuyer après plus de cinq ans de la même émission. Pourtant, on ne peut s’empêcher de noter que, cette même année 1996, Pierre Bouteiller a été rétrogradé du poste de directeur des programmes à celui de simple producteur ; qu’Ivan Levaï, directeur de la rédaction, a été congédié comme trop gauchisant (défense de rire !) ; et que le nouveau président de Radio France, Michel Boyon, un ancien du cabinet de François Léotard, et qui ne devait faire qu’un mandat avant d’être remplacé par Jean-Marie Cavada le 30 octobre 1998, n’était pas vraiment considéré comme un homme de gauche : la première décision de Boyon et de son directeur des programmes Jacques Santamaria fut de limoger Gérard Lefort, journaliste à « Libération » et homosexuel militant, qui assurait depuis plusieurs années un excellent magazine hebdomadaire, Passé les bornes, lequel attaquait violemment la droite au pouvoir et la Mairie de Paris. Résultat le plus visible de ce grand nettoyage : l’audience de France Inter chuta immédiatement, et la station repassa en troisième position, derrière RTL et NRJ.

Et puis, il y avait peut-être une crise du recrutement : sitôt pourvus d’une certaine notoriété, les équipiers de Rien à cirer s’empressaient souvent de déserter, pour passer, soit à la télévision, soit sur une autre radio où les cachets sont bien plus élevés. Ce fut le cas de Pascal Brunner, Laurent Gerra, Laurence Boccolini, Virginie Lemoine. Bref, Rien à cirer semblait condamnée à ronronner. Elle mourut donc en pleine gloire, ce qui est la meilleure façon de mourir : Coluche, Desproges et Le Luron ne diront pas le contraire !

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Dernière mise à jour de cette page le lundi 8 février 2010.