Bien content de vous retrouver, les tourtereaux. Vous l’ignorez peut-être, mais le dernier couple d’invités qu’on ait reçu dans l’émission, c’était madame de Fontenay et la nouvelle miss France, et curieusement, vous vous ressemblez étonnamment, surtout Stéphane et Geneviève. Bon, certes, le bouc de madame de Fontenay est plus fourni que le vôtre, Stéphane, mais à part ça, c’est saisissant. Je suis sûr qu’avec les accessoires nécessaires, un tailleur usagé de madame Pompidou et un chapeau de cérémonie d’officier de la Garde Présidentielle péruvienne, l’illusion serait totale ! Pensez-y, Stéphane, Holyday on ice, ça ne va pas durer éternellement. Un job chez Michou, ça peut être bon à prendre. J’ai dit « un job », pas de panique ! D’ailleurs, la remarque est également valable pour madame de Fontenay. Je suis convaincu que si vous la posez sur des patins, elle trouvera tout de suite sa place, à Holyday on ice, Geneviève : vous la faites partir en toupie au milieu de la piste, avec son chapeau en forme de paquebot, un gyrophare dans le dos et des fumigènes dans les oreilles, il vous reste plus qu’à balancer Céline Dion en train de chanter le naufrage du Titanic dans les hauts-parleurs, et c’est le triomphe assuré ! La spirale de la mort qui tue !
Lorsque vous étiez venus nous voir il y a deux ans, chers Sarah et Stéphane, j’avais signalé à nos auditeurs à quel point vous aviez eu de la chance de faire carrière dans le patinage, la discipline idéale quand tu es un jeune qui aime la rigolade. C’est vrai qu’il vaut mieux démarrer tôt si on veut avoir une chance de percer un jour, mais en général, entre les âges de deux et dix ans, les entraînements sont allégés, pas plus de cinq heures par jour à la patinoire, ça te laisse largement le temps pour aller à l’école, faire tes devoirs, et même, pourquoi pas, faire connaissance avec tes parents avant ta majorité. À partir de dix ans, ça devient légèrement plus contraignant, il faut prendre un entraîneur personnel ; en général, c’est un Russe, pas forcément autoritaire, mais souvent énergique oui, quand tu as commencé comme surveillant de mirador dans un camp de travail en Sibérie avant de devenir instructeur au maniement de l’arme blanche dans les forces spéciales de l’Armée Rouge, plus chef de bureau des exécutions sommaires au KGB, t’as tendance à avoir du caractère. Attention, hein ! Je n’ai pas dit que tous les entraîneurs russes de patinage artistique frappent leurs poulains à coups de crosse de hockey, non ! La plupart les frappent à main nue, ça suffit. Vers 16-17 ans, une fois que tu as raté tes études, tu deviens champion, et là, ça devient carrément génial : tu voyages dans le monde entier, à tes frais, donc exclusivement sur des compagnies charters, c’est quand même beaucoup plus chaleureux qu’en business class : sur un vol charter, tu te fais beaucoup plus facilement des amis, même si tu ne les gardes pas forcément très longtemps. Dans tous les hôtels où tu descends, tu es sûr de ne jamais t’ennuyer, puisque à chaque fois tu tombes sur Nelson Monfort qui te dit « How are you, yau de poêle ? ». Quel déconneur, ce Nelson ! C’est comme ça qu’il l’a attrapée, Pierrette Brès, hein ! Oui, c’est le seul petit inconvénient de la discipline, en tout cas en France, l’impératif d’autosuffisance financière : la Fédération Française de Patinage ne peut rien faire pour ses champions, une fois qu’elle a payé tous les juges, elle n’a plus un rond. Mais bon, à partir du titre de champion d’Europe, un patineur n’a aucune difficulté à trouver un sponsor, Monsieur Bricolage, Ed l’épicier, les Boucheries Bernard, pour un champion de patinage, c’est vraiment pas un problème de trouver un partenaire. Et puis, les bons de réduction, c’est toujours intéressant d’en avoir.
Mais le meilleur, c’est quand même cette atmosphère de franche camaraderie qui règne entre champions. Je pense notamment à cette patineuse américaine, Nancy Kerrigan, qui s’était fait affectueusement briser les jambes à coups de batte de base-ball par des gorilles, à l’initiative de sa douce consur, Tania Harding. Vous-même, cher Stéphane, n’avez-vous pas été attaqué à coups de cutter, dans votre hôtel, à Nice, en plein championnat du monde ? C’est à ce genre de petits détails qu’on mesure la qualité d’une ambiance. Et ce n’est pas fini : vous voici désormais professionnel. Et qui dit « professionnel » dit Holyday on ice. Le bonheur total ! Holyday on ice, c’est trois cents dates minimum, soit trois cents soirées à passer avec Philippe Candeloro, à discuter peinture, design, art contemporain, philosophie politique ! En plus, avec Candeloro, on s’expose peu aux excès de fin de soirée : la dernière fois qu’il a payé sa tournée, c’était six mois après le passage à l’euro, quand il a retrouvé un billet de 20 francs qu’il avait caché dans le talon de son patin cinq ans plus tôt. C’était juste avant son mariage, au cas où il aurait dû acheter une alliance à sa fiancée. Finalement, il a réussi à négocier avec Auchan un placement de produit le temps de la cérémonie.
Holyday on ice, c’est aussi un public d’autant plus enthousiaste qu’après la canicule de l’été dernier, il apprécie d’être au frais, un public qui n’hésite pas à saluer les artistes en leur jetant tout ce qui lui passe sous la main, des bigoudis, des dents en or, ou des cartes vermeil usagées. Ah il est chaud, le public d’Holyday on ice ! Et surtout, Holyday on ice, c’est la symphonie des costumes de bon goût ! Quand tu les vois, tu te dis que finalement, notre ami Raël a peut-être raison : non seulement les extraterrestres sont venus nous rendre visite, mais en plus, ils ont le sens de l’humour ! Quand tu vois un tableau d’Holyday on ice, t’as l’impression d’être dans le cerveau de Pascal Sevran en pleine montée de Viagra, ou juste après une bise de Sarkozy. C’est un stylisme très particulier, à mi-chemin entre le psychédélisme et le réalisme socialiste, je pense que même en pleine phase d’initiation au chamanisme, Galliano hésiterait avant d’aller aussi loin. Le gros avantage de ce genre de costumes, c’est son côté désinhibant : avec un truc pareil sur le dos, non seulement le patineur ne craint pas la chute, mais il la souhaite !
Justement, la peur de la mauvaise chute étant commune aux patineurs et aux chroniqueurs, je sollicite votre indulgence pour celle qui va suivre, chers Sarah et Stéphane : je vous souhaite une tournée triomphale, et vous félicite pour la sobriété de votre tenue vestimentaire.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.