Didier Porte, humoriste

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Le fou du roi

Index des textes de Didier Porte

pour Le fou du roi

Roland Petit

Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis

Henri Leconte

Guy Bedos

 

Guy Bedos
Guy Bedos
Lundi 10 janvier 2005

 

Regardez moi ça, comme ils s’entendent bien, ces deux-là ! Comme la gauche bélouga fait bon ménage avec la droite moussaka ! Et la famille ? Le frisé des Cyclades en train de dérouler le tapis rouge au blanchi sous le Hernu ! (Vous apprécierez la modernité de la formule). J’imagine que ces deux-là ont dû se rencontrer et fraterniser à l’occasion d’un des nombreux baptèmes des nombreux couloirs de bus rémunérés qu’ils effectuent pour le compte de leur ami Delanoë. À moins qu’ils n’appartiennent à la même loge maçonnique, la loge Dalida. Ou alors ils se sont croisés lors d’une soirée organisée par monsieur Rafik Khalifa, du temps de sa splendeur. Le bruit court que certain people aurait été payé en teckels...

Ah ! Guy Bedos, dire que pendant si longtemps vous avez été un modèle pour moi ! Vous étiez l’incarnation de l’humoriste engagé, de l’artiste qui a choisi de servir résolument le parti du mouvement et du progrès social aux dépens des puissances d’argent et des forces de la réaction repues de la plus-value extorquée aux travailleurs exsangues. Vous étiez comme une petite lumière rouge clignotante au milieu de l’océan des girophares blafards de l’ordre établi et de la répression aveugle. Jusqu’au jour où j’ai eu le malheur de faire connaissance avec le VRAI Guy Bedos. Vous devez savoir, chers auditeurs, mais aussi chers confrères assis autour de cette table, qu’il y a quelques mois, j’ai demandé à notre invité, que je prenais à l’époque pour un homme de gauche, de me prêter sa voix pour agrémenter la bande son de mon nouveau spectacle. Il a très complaisamment accepté de le faire – maintenant que je sais qui il est vraiment, j’imagine que c’était pour me compromettre –, et je me suis donc rendu à son domicile privé pour procéder à l’enregistrement. Enfin, « domicile privé », je devrais ajouter « de pas grand-chose » ! De toute évidence, ce ne sont pas les privations qui causent le plus de soucis à son propriétaire ! Mais plutôt les difficultés de recrutement d’une domesticité suffisamment abondante, soumise, et surtout silencieuse. Donc je me rends à l’adresse indiquée par le secrétariat de monsieur Bedos, dans une commune de la banlieue parisienne dont je ne citerai pas le nom pour ne pas l’exposer à la légitime vindicte des forces populaires de ce pays, j’arrive devant l’immeuble correspond au numéro, et là je me dis « Tiens ! Je ne savais pas qu’on avait reconstitué le Taj Mahal avenue du Roule. Ce vieux Guy doit être en train de tourner dans un peplum ». En fait, pas du tout, c’était bien chez lui. J’appuie sur le bouton de sonnette, et instantanément j’entends retentir La chevauchée des Walkyries à l’intérieur. En mon for intérieur, je pense que pour un type de gauche, il aurait pu trouver autre chose. La porte s’ouvre sur un majordome hindou en livrée (c’est à peu près le même que chez BHL et Arielle Dombasle, sauf que celui-là porte en plus un turban, avec écrit sur le front en lettres d’or les initiales G. et B.). Le type me dit « Bonjour sahib, Son Excellence vient de terminer sa sieste dans sa chambre à l’autre bout de l’appartement, on a envoyé un caddie le chercher, il sera là dans une petite demi-heure ». À droite de la porte d’entrée, il y a un orchestre symphonique au complet, je demande au majordome ce que c’est, il me répond « Ça, c’est la sonnette ». On me conduit au salon pour patienter... Enfin, dans un des salons. Les partis-pris esthétiques qui ont dicté le choix des meubles et de la décoration de la pièce révèlent le caractère extraverti, voire exubérant, du propriétaire des lieux, ainsi que ses origines clairement méditerranéennes, pour ne pas dire proche-orientales. Vous êtes déjà allés chez Orlando ? Eh bien, dites-vous que, comparé à chez Bedos, chez Orlando, c’est à la limite du calvinisme. Ce que Yvana Trump n’a jamais osé imaginer, même bourrée, Guy Bedos, lui, l’a réalisé à jeun. Pour vous donner la mesure de l’étendue des dégâts, il faut savoir que chez Guy, même la lunette des toilettes est recouverte de peau de léopard authentique, la cuvette, elle, est en cristal d’Arques, et on voit la neige qui tombe en transparence dès qu’on tire la chasse.

Bref, bien que légèrement angoissé, je patiente en me disant qu’après tout, on peut très bien être de gauche et avoir un goût de chiotte, Ségolène Royal a bien épousé François Hollande (personne l’a forcée), je m’inquiète néanmoins d’un certain nombre d’indices plus ou moins alarmants quant à la sincérité de l’engagement à gauche de Guy Bedos : affiché sur l’un des murs de la pièce, il y a par exemple cet étonnant montage, à vocation tant décorative que liturgique, que compose la reproduction grandeur nature du célèbre tableau de Gustave Courbet L’origine du monde, surmontée de la photo du visage de Michèle Alliot-Marie. Il y a surtout cet immense vitrail représentant Nicolas Sarkozy terrassant l’Insécurité, au pied duquel un petit autel a été édifié : outre les reliefs de bâtonnets d’encens, on y trouve toutes sortes de reliques, bien peu ragoûtantes pour un esprit progressiste. Il y a là une mèche de cheveux d’Alain Juppé, une pièce unique il est vrai, l’original du dernier plan social d’Air Liberté, dédicacé personnellement par Ernest-Antoine Sellière, un proche voisin, et surtout une poupée à l’effigie de Martine Aubry, avec pas moins de trente-cinq aiguilles plantées dans sa partie postérieure...

Guy Bedos. - Ça c’est possible, ça c’est possible !

Pourquoi trente-cinq, je n’ose comprendre. Bref, j’en étais là de mon examen des lieux, lorsque Guy est arrivé, tout essoufflé, voire légèrement apoplectique, en prétextant une sieste inopinée – inopinée, peut-être, crapuleuse à coup sûr : dans l’entrebaillment de la porte, j’ai eu le temps d’apercevoir une créature à la chevelure flamboyante en train de réajuster sa gaine sous son fourreau panthère, créature que j’ai immédiatement identifiée comme étant Nadine de Rothschild. Je l’ai reconnue à son entêtant parfum corporel, le fameux Burnes d’Edmond, de Jean Patou, dont elle a élaboré elle-même l’intense fragrance sur la base de ses souvenirs conjugaux. Donc Guy Bedos m’a rejoint en m’expliquant qu’il n’avait pas beaucoup de temps à me consacrer vu que le soir même il avait Didier Julia et les Balkany à dîner, qu’il travaillait d’arrache-pied à la préparation de son nouveau one man show intégralement composé d’histoires drôles racontées avec l’accent africain et chinois...

Guy Bedos. - Ça c’est Michel Leeb, ça.

... Mais qu’il était tout à fait disposé à me prêter sa voix pour mon propre spectacle, dans la mesure où je n’étais ni maghrébin ni juif. Autant vous dire que j’ai immédiatement pris congé de ce sinistre individu, avec lequel je n’ai plus entretenu le moindre contact depuis !

Mais non, c’est pas vrai ! Mais quoi, vous ne voulez quand même pas que je vous dise que Guy Bedos est le meilleur humoriste politique qu’on ait jamais eu dans ce pays, à la fois auteur exceptionnel et comédien de talent, ce qui n’est pas ordinaire ? Qu’en plus d’être un cador dans sa partie, il sait se montrer confraternel ? Vous n’imaginez quand même pas que je vais m’abaisser à lui cirer les pompes à ce point – une paire de Berlutti rachetés à prix dérisoire à Roland Dumas ? Eh bien vous avez tort ! Non seulement je le fais de bon cœur, mais je le revendique.

Stéphane Bern désannonce Didier Porte, qui reprend la parole.

Permettez-moi, Stéphane, de reprendre brièvement la parole pour signaler une innovation dans l’émission. Vous savez que depuis l’arrivée salutaire du président Cluzel à la tête de cette belle maison, de superbes investissements ont été réalisés qui ont permis l’accomplissement de véritables miracles technologiques au service de nos antennes publiques. Ainsi, depuis ce matin, un système de capteurs cérébraux extrêmement sophistiqués permet d’enregistrer les pensées de l’invité pendant qu’il écoute les papiers qui lui sont consacrés. Écoutons donc ce que Guy Bedos avait dans la tête à l’instant, quand je lisais mon portrait, je le découvre en même temps que vous.

Voix enregistrée de Guy Bedos. - Bravo ! Bravo ! Qu’est-ce que c’est bien, c’qu’y fait, ce Didier Porte ! On m’en avait parlé, mais là, ça va très au delà de ce que j’imaginais. Ah il est fort, c’est intelligent, c’est cinglant, c’est pertinent. C’est bien simple : on dirait du moi !

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.