Mais... Qu’est-ce que vous faites là, Henri ? Comment ça se fait que vous n’êtes pas à la Ferme des Célébrités ? Ils vous attendent. Vous qui aimez les blondes, vous allez adorer, y en a plein. Notamment Danièle Gilbert, qui est encore libre, veinard ! Danièle Gilbert qui a été désignée, à l’unanimité et au premier tour, chef de la ferme par ses compagnons. Une belle victoire posthume pour le président Giscard d’Estaing, récemment disparu en zone rurale dans des circonstances tragiques ! Sinon, comme vraie blonde, vous avez aussi la conseillère régionale UDF de Picardie, Élodie Gossuin, qui est très mignonne. C’est bon de savoir que le centrisme est représenté dans La ferme. C’est bien simple, à chaque fois qu’Élodie aura une relation sexuelle dans la fosse à purin, j’aurai une pensée pour François Bayrou ! Bon, allez, revenons aux choses sérieuses, votre bouquin, Henri. C’est vrai que sur la photo de couverture, hein ? vous avez l’air un peu patibulaire, vous faites peur, on dirait Steven Segal à qui on viendrait d’annoncer que sa femme s’est barrée avec Jean-Claude Vandamme, vous voyez ?
Ah ! Si on m’avait dit un jour que je lirais un livre écrit par Henri Leconte ! J’espère que vous ne vous êtes pas blessé en l’écrivant, hein ? Des fois, les anciens sportifs, ils ont du mal avec les livres. Par exemple, David Douillet, il arrivait même à faire des fautes d’orthographe en le dictant, le sien ! Tiens, à propos de David Douillet, j’ai appris dans le bouquin que le président Chirac était le parrain de vos enfants. Vous savez, Henri, comme le diraient messieurs les juges Halphen, Courroye et Van Ruymbecke, Jacques Chirac, c’est notre Parrain à tous ! D’ailleurs, en 2002, il nous a fait une proposition que nous ne pouvions pas refuser : voter pour lui. Sérieusement, en tant que parrain de vos enfants, il a dû leur faire un paquet de cadeaux, Chirac. Il vous a montré les factures ? Non, parce que, dans le cas contraire, il va falloir nous rembourser, Henri !
Qu’est-ce que j’ai lu d’autre qui m’a fait rire ? Ah oui, page 54, vous écrivez : « Je n’ai jamais pris de drogue, et je n’ai jamais vu qui que ce soit en prendre dans le milieu du tennis ». Ça j’adore ! C’est le parrain de vos enfants qui vous a appris à faire preuve d’autant de sincérité dans vos déclarations ? Le gars, il a joué aux côtés de Yannick Noah pendant quinze ans, et il a jamais vu un mec défoncé !
Henri Leconte. - Ah ! Je l’attendais, celle-là !
Je crois me souvenir que votre meilleur classement à l’ATP, ça a été cinquième, Henri, chapeau bas, hein ! Numéro 5 mondial pour un non-voyant, c’est un bel exploit !
On vient de le voir, il y a du rire dans votre livre, Henri, mais il y a aussi des larmes. Ainsi, page 119, je lis ceci, non sans émotion : « Dans les années 98-99, j’étais tellement malheureux que j’ai fini par me demander Mais à quoi bon, à quoi bon vivre si c’est pour souffrir, à quoi bon aimer ? ». C’est fort, comme passage ! Et dire que pendant un moment, j’ai cru que c’était pas vous qui l’aviez écrit, votre bouquin ! Cette épreuve n’aura pas été inutile, puisque page 137, vous nous faites la confidence suivante : « Cette période de ma vie m’a permis de découvrir une chose très importante, c’est que la vraie richesse n’est pas celle du porte-monnaie, mais celle qu’on a dans le cur ; le porte-monnaie, ce n’est rien ». Ouais... C’est facile à dire, ça, quand tu ne travailles pas à France Inter, hein ! En tout cas, y a plus aucun doute, c’est bien vous qui l’avez écrit, le livre, c’est typiquement le genre de considération philosophique qu’on s’attend à lire sous la plume d’un gars qui paye ses impôts en Suisse !
Je vous charrie, Henri, mais je suis un de vos fans de la première heure. En France, nous n’avons connu que très peu de champions dotés d’un palmarès aussi exceptionnel que le vôtre. Jugez plutôt : en 79, vous commencez votre carrière internationale en étant terrassé par la varicelle. En 83, fracture de fatigue au gros orteil, je savais même pas que ça existait. Ensuite, vous enchaînez avec trois hernies discales assorties d’autant d’interventions chirurgicales. En 86, vous êtes au top de votre carrière avec, coup sur coup, une hépatite et une opération du genou. Et en 88, après une superbe mononucléose, vous fêtez l’événement en balançant un coup de poing rageur dans une porte de vestiaire ; résultat, deux doigts cassés et trois semaines d’arrêt. Et quand, à l’époque, un journal vous demande de quoi vous avez le plus peur, vous répondez : « De perdre la santé ». Étiez-vous bien sûr de l’avoir eue un jour ? On ne vous l’a pas dit pour ne pas vous démoraliser, Henri, mais depuis 11 heures, l’heure de votre arrivée dans le studio 106, il y a un hélicoptère de la Protection Civile qui tourne au-dessus de la Maison de la Radio. Au cas où, on ne sait jamais avec vous, un accident est si vite arrivé, vous seriez foutu de vous blesser avec le micro. Comme la plupart des grands sportifs, Henri Leconte, vous étiez réputé pour vos perfs, mais les vôtres, elles étaient plus « ...fusions » que « ...formances ».
Lorsque, en 96, vous mettez un terme à votre carrière pour épouser la blonde Marie Sara, un commentateur écrit ceci : « Pourvu qu’Henri Leconte n’essaie pas de se reconvertir dans la tauromachie, ça risque de très mal se terminer pour lui ! ». Et il ajoute : « D’un autre côté, au moins, avec lui, les taureaux auront leur chance ! ». C’était pas très sympa. Qui a écrit ça, je peux pas vous le dire, hein ! ça serait pas raisonnable. À propos de ce mariage, le même commentateur avait enfoncé le clou un peu plus loin : « N’oubliez pas, Henri, que Marie Sara vit depuis toujours au milieu des bêtes à cornes. Moi, à votre place, je prendrais garde de ne pas me fondre trop vite dans le paysage ! ». Il avait quand même du flair, hein ? en plus d’avoir du talent, ce commentateur dont j’ai oublié le nom !
Stéphane Bern. - C’était vous, non ? Comment recycler les vieux papiers...
Hé oui, ça s’est mal terminé avec Marie Sara. Elle vous a quand même donné une jolie petite fille, Sara Luna. Un prénom original, Sara Luna. En français, ça fait « Sara Lune », Sara comme le nom de sa maman, et Lune comme le niveau intellectuel de son papa. Non, je déconne, Henri, n’oubliez pas que la dernière fois que vous avez tapé dans une porte, ça vous a valu trois semaines d’immobilisation ! Vous le dites vous-même dans votre livre, Henri, vous n’avez pas toujours eu la réputation d’être le joueur le plus intellectuel du circuit. Le président du Comité Olympique de l’époque, Nelson Payou, que vous oubliez charitablement de citer dans votre ouvrage, avait même déclaré à votre propos : « Leconte, il a une syllabe de trop dans son nom, la troisième ! ». Et lorsque vous reprenez devant un micro votre expression fétiche « Je suis bien dans ma tête », nombreux étaient les commentateurs qui ajoutaient : « Normal, y a de l’espace ! ». Il faut dire que vous étiez sacrément gaffeur. Ainsi, lorsque en 88, on l’a raconté, à l’issue de la finale de Roland-Garros, et alors que Willander vient de vous mettre une taule en trois sets, vous déclarez, au milieu des spectateurs du Central, frustrés : « J’espère que vous avez compris mon jeu », vous faites un tabac. En gros, ce jour-là, vous avez dit au public : « Si vous étiez un peu moins cons, j’aurais gagné ». Ça a beaucoup plu, je m’en souviens !
N’empêche, j’ai deux grands souvenis de tennis, le tie-break en plus de 25 points remporté par MacEnroe contre Borg en finale de Wimbledon en 80, et votre victoire contre Pitt Sampras à la finale de Coupe Davis en 91. Vous étiez vraiment un super-joueur, je le précise, comme ça, ça m’évitera de conclure par une phrase qui risque de vous rappeler de mauvais souvenirs, à savoir : j’espère que vous avez compris mon humour, Henri Leconte !

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.