Didier Porte, humoriste

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Le fou du roi

Index des textes de Didier Porte

pour Le fou du roi

Roland Petit

Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis

Henri Leconte

Guy Bedos

 

Roland Petit
Lundi 1er mars 2004

« Un jour, dans un studio, j’ai vu une pétasse avec un gros derrière et des jambes courtes, c’était Marilyn Monroe, le cinéma fait vraiment des miracles ». C’est monstrueux ! On dirait du Stéphane Bern en train de parler de Catherine Deneuve ! Traiter Marilyn de « pétasse courte sur pattes avec un gros cul », faut oser ! Et Grace Kelly, elle était comment ? « Bof, pas terrible, une morue décolorée avec un balai dans le cul, en plus elle conduisait comme un manche ». Et Rita Hayworth, Roland ? Racontez-nous Rita Hayworth. « Rita qui ? Ah oui, la rouquine qui sentait des pieds. Casse-couilles, très casse-couilles, j’préférais nettement Marlene Dietrich. Le problème, c’est qu’les saucisses et la bière, ça donne de l’aérophagie. Mais la pire, c’était Ingrid Bergman. Ben oui, les Suédoises c’est comme les Allemandes, elles se rasent pas les poils. Et croyez-moi, comparée à Ingrid, Demis Roussos, c’est Vanessa Paradis ». Roland Petit, l’homme qui redonne à Hollywood sa dimension humaine ! « Une pétasse courte sur pattes avec un gros cul », c’est dingue ! Aujourd’hui, les vieux ne respectent plus rien !

Je vais vous faire une confidence, c’est comme ça que je les préfère. Moi, les vieux, je les aime vicelards comme des lascars et méchants comme des garnements. Je ne parle pas de vous, Roland. Vous, vous êtes dans la force de l’âge. Non, je m’adresse aux vieux débris qui ont dépassé les 81 ans. Si j’arrive jusque là, je compte bien m’en donner à cœur-joie. Je ferai des blagues à mes petits-enfants. Par exemple, après avoir soufflé les quatre-vingt-deux bougies de mon gâteau d’anniversaire, je simulerai une crise cardiaque pour voir la tête qu’ils font. Par contre, quand j’en aurai une vraie, là, je leur ferai croire que c’est une blague. Et dans mon testament, je marquerai ceci : « Mes chéris, je vous lègue tout ce que j’ai gagné en quarante-cinq ans de chroniques à France Inter, le sens de l’humour ! ». Je m’amuserai à téléphoner aux maisons de retraite pour faire des fausses alertes à la canicule : « Allô, les Racines de Pissenlit ? Ici Météo-France. Mettez les couches confiance au congél’, le mercure commence à bouillir, la colle à dentier va fondre ! »

Vivent les vieillards indignes ! Bon, naturellement, tout ça rien à voir avec vous, Roland Petit. Primo, vous n’êtes pas un vieillard mais un adulte confirmé, et secundo vous n’êtes pas indigne, tout au plus légèrement langue de pute, mais ce n’est pas moi qui vais vous le reprocher. Surtout lorque vous déclarez à propos de l’actuel Président de la République : « J’ai été proche de Jacques Chirac quand je croyais encore qu’il avait un avenir ». Bien vu, Roland ! De fait, depuis qu’il a emménagé à l’Élysée, il est apparu clairement que monsieur Chirac avait tout le passé devant lui, et que sa mission sera accomplie dès que la totalité des arrière-trains de bovidés de ce pays aura connu l’attouchement suprême !

En épluchant votre dossier de presse, j’ai été surpris et surtout déçu de ne pas trouver une petite phrase sur votre ami Jean-Claude Gaudin, que vous portez dans votre cœur depuis qu’il vous a plus ou moins poussé hors de sa ville, sans trop de ménagement semble-t-il. L’Histoire lui a donné raison, en tout cas : depuis votre départ, il y a une super-ambiance aux Ballets de Marseille, les quolibets y fusent dur, la malheureuse Pietragalla s’est même fait traiter d’emmanchée ! Quand tu diriges un ballet, ça la fout mal. Bref, cher Roland, vous n’avez pas une petite vacherie sous le coude pour monsieur le maire de Marseille ? Je vous le signale parce que vous ne devez pas avoir trop le temps d’aller smurfer dans les cités, mais « Gaudin », c’est tout à fait traduisible en verlan. Absolument, ça fait « Dingo », celui qui a des grandes oreilles et qui remue la queue dans « Mickey » ; et dans « Mickey » non plus, il a pas vraiment la réputation d’être une lumière. En tout cas, c’est lui qui, par toutes les misères qu’il vous a infligées, vous a poussé à émigrer. Vous ne fûtes pas le premier boat-people à entreprendre la traversée du Lac Léman, d’autres malheureux vous avaient précédé dans ce tragique exil, Alain Delon, Charles Aznavour, Isabelle Adjani, ainsi que la totalité de la Fédération Française de Tennis, autant de victimes de l’ingratitude notoire de la France pour ses grands hommes. Et une fois sur le territoire helvétique, tous ces pauvres immigrants déchantent cruellement : d’après mes informations, aucun n’a jamais trouvé de boulot sur place ! Quelle tristesse !

Bon, allez, oublions les viles contingences matérielles, et parlons d’amour. J’ai un aveu à vous faire, Roland, je m’y connais à peu près autant en danse que Raymond Barre en hip-hop. Je vous connaissais de nom, vous et Zizi Jeanmaire, mais très vaguement. Je ne savais même pas que Zizi Jeanmaire était une danseuse classique, je la croyais danseuse de revue, une sorte de Line Renaud naine. Bref, c’est en lisant votre dossier de presse que j’ai pris la mesure de votre incroyable itinéraire à tous les deux, et de la magnifique histoire d’amour qui vous a réunis depuis si longtemps, depuis notamment votre mariage en 1954, à l’occcasion duquel, raconte « Le Monde », Zizi était en Dior et vous en retard. Je ne savais à quel point Zizi fut un sex-symbol en son temps. Par chance pour vous, Roland, dans le milieu de la danse, ce que la plupart de vos éventuels concurrents préféraient chez votre femme, c’était son prénom. Vous racontez que vous avez failli vous la faire piquer par Howard Hugues himself, ça a quand même une autre gueule que de se faire chouraver sa légitime par un marchand de lunettes comme Alain Delon, comme quoi il y a des résidents helvétiques qui ont plus de classe que d’autres. Pour conclure, et en dépit de mon ignorance crasse de votre œuvre, Roland Petit, j’ai bien l’impression que vous avez bien entendu Charles Trenet lorsqu’il vous a donné le conseil suivant lorsque vous aviez quinze ans et que vous vouliez changer de nom : « Fais quelque chose avec Petit pour qu’il devienne grand ». Gagné !

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