J’espère que vous m’en serez reconnaissants, j’ai regardé pour vous le dernier sitcom d’AB Productions hier soir. Enfin, quand je dis « le dernier », je pêche par excès d’optimisme. Disons « le dernier en date ». Et le dernier des trois que TF1 nous inflige tous les après-midis. Vous avez Premiers baisers, qui porte effectivement bien son titre, lequel signifie clairement à tous les mômes qui se précipitent sur cette connerie, à peine sortis de l’école, qu’ils sont bel et bien les premiers de l’après-midi à se faire baiser enfin, pas tout à fait, puisque, auparavant, quelques millions de futurs cons ont pu se régaler du Miel et les abeilles, alias La merde et les mouches. Et voici maintenant que surgit, juste avant le journal, Les garçons de la plage, qui, dans le meilleur des cas, mériteraient d’être rebaptisés Les garçons de bain. Avec une grande nouveauté : pour la première fois dans un sitcom d’AB, on baise ! Mieux que ça, on baise, et on pèse.
Je m’explique : les trois animateurs du club de vacances, qui sont les héros de la série, font un concours. À chaque fois qu’ils se tapent une nana, ils la pèsent et inscrivent son poids sur un tableau des scores. Avouez que c’est délicat. C’est ce qui s’appelle se faire des gonzesses à la tonne. Dans Les garçons de la plage, après l’amour, on taille une bavette. En fait, la petite mère Dorothée, l’autre fleuron d’AB Productions, quand elle reçoit des petites filles sur le plateau, elle attendrit la viande. « A.B. », ce ne sont pas les initiales d’Azoulay et Berda, mais celles d’Azoulay et Bernard, les boucheries du même nom. On sent qu’entre ces deux admirables créateurs, l’émulation intellectuelle se résume aux concours de bites.
Hier soir, en plus, je suis tombé sur une séquence particulièrement pédagogique : l’un des trois héros était sur la plage en train de chauffer une pouffe pour vous restituer l’ambiance, je préfère vous raconter en utilisant le vocabulaire des personnages. D’ailleurs, je suis un peu injuste, quand ils parlent d’une fille, ils ne disent pas « pouffe », ils disent « machin ». Nos trois petits gars, donc, ils étaient en train de chauffer un machin, quand celle-ci lui propose d’aller dans son bungalow, parce que, dit-elle, elle a des préservatifs hypoallergéniques dans sa valise. Et là, grande salve de rires enregistrés. C’est vrai que c’est drôle. Non seulement cette connasse met des capotes, mais en plus, elle est allergique au latex. Non seulement elle va s’en prendre un coup, mais en plus elle risque de se gratter le machin toute la journée, à cause de ces saloperies de capote la morue ! (Excusez-moi, j’essaie de vous restituer l’ambiance) Et c’est pas fini, il y a un autre personnage dont je ne vous ai pas parlé, c’est l’idiot du village de vacances. Il s’appelle Bob, comme son chapeau...
Laurent Ruquier : C’est notre ancien pianiste, Richard Lornac ! On peut le dire, il jouait du piano, et puis, eh ben, qu’est-ce que vous voulez, il a mal tourné. C’est le cas de le dire.
Il porte une moustache de blaireau...
Laurent Ruquier : C’est bien lui !
Il se fait jeter par toutes les filles, et en plus, il habite Longjumeau, ce con. Dans l’esprit d’Azoulay et Berda, c’est ridicule, d’habiter Longjumeau. Non seulement ils produisent de la soupe, mais ensuite ils crachent dedans. Où est-ce qu’ils s’imaginent qu’il habite, leur public, nos deux maquignons du sitcom ? Autre détail croustillant, le Bob en question, qui est donc censé incarner le parfait beauf, est installé à demeure dans le club de vacances parce qu’il a gagné au loto. C’est pas merveilleux, ça ? Les producteurs d’AB qui se moquent des beaufs et des nouveaux riches ! Est-ce que ça voudrait dire qu’ils sont encore capables de se regarder dans une glace et qu’en plus, ce qu’ils voient les fait marrer ? Y a pas de doute, ils ont l’estomac bien accroché.
Voilà pour Les garçons de la plage, la nouvelle série phare de TF1. Dorénavant, quand je penserai à Mougeotte et Le Lay, je ne pourrai pas m’empêcher de les imaginer devant leur tableau d’affichage des audiences, en train de se dire « Alors, combien de kilos on en a baisé cette semaine, Étienne ? Quarante pour cent, Patrick, on tient nos objectifs ». En tout cas, cette série s’annonce comme une excellente locomotive pour le 20 Heures de TF1. « Locomotive », c’est du jargon-télé : quand une série marche bien avant le 20 Heures, on dit que c’est une locomotive qui « tire » le Journal. La très bon chic bon genre Claire Chazal va donc être sûrement toute contente de se faire tirer par Les garçons de la plage tous les vendredis soirs.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.