Monsieur Jérôme Duhamel, vous êtes un heureux homme. Quand on sait que votre travail consiste à compiler les conneries proférées par vos contemporains, on se dit que le spectre du chômage n’est pas près de hanter vos nuits. Vous êtes la preuve vivante que la connerie peut créer des emplois. Ce dont étaient conscients, semble-t-il, une majorité de Français, puisqu’ils ont élu Jacques Chirac. De fait, avec Toubon, Debré et Pons au gouvernement, vous allez être submergé par la matière première, Jérôme Duhamel. C’est la Très Grande Bibliothèque qu’il va vous falloir pour ranger vos archives. Rien que pour relever toutes les conneries que diront ces trois-là, vous allez devoir embaucher des nouveaux collaborateurs.
À ce propos, je connais deux demandeurs d’emploi tout à fait qualifiés pour exécuter ce boulot avec un maximum de conscience professionnelle : un certain Léotard François, et un autre qui s’appelle Nicolas... euh... Karsenty, ou Sirtaki, je ne sais plus.
La connerie crée des emplois, c’est un fait, il suffit de voir le nombre de nouveaux chroniqueurs qui ont fait leur apparition à Rien à cirer depuis le début de la campagne électorale : Riaboukine, Alévêque, Lemort, Capelovici. Eh bien, dès le lendemain du second tour, Ruquier les a tous titularisés ! Même Capelo, c’est vous dire l’euphorie.
Dans votre Bêtisier du vingtième siècle, Jérôme Duhamel, vous rapportez cette citation de François Mitterrand : « La démocratie, c’est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises ». Voilà incontestablement une phrase signée par un grand démocrate. Et plutôt rassurante, ma foi. Ça veut dire que, tant que Debré, Toubon et Pons auront la parole, le pays sera à l’abri de la dictature. Cela dit, c’est pas parce que la démocratie, c’est le droit de dire des bêtises, qu’il faut se sentir obligé de voter pour des cons.
Encore que...
Encore que, quand on y réfléchit bien, on constate que les dirigeants les plus intelligents ne sont pas forcément les plus recommandables. Prenez Napoléon, Hitler et Staline, c’étaient des tronches, alors que De Gaulle, lui, était militaire. Finalement, élire un dirigeant un peu con, c’est peut-être le moyen de garantir le bon fonctionnement de la démocratie. Je sais ce que vous allez me rétorquer, auditeurs pertinents et plein d’à-propos que vous êtes : « Mais alors, tu dois être content que Jacques Chirac soit Président ! ». Attention, j’ai dit « un dirigeant un peu con » !
Revenons à votre bêtisier, Jérôme. Vous y mélangez d’authentiques âneries, comme celle-ci, proférée il y a moins de trois mois par l’excellent Alain Madelin : « Le remède contre le chômage, tous comptes faits, c’est de créer des emplois », à de sublimes vacheries comme celle-ci, que l’on doit à notre maître à tous, José Artur : « J’ai arrêté d’envoyer des vieux vêtements à l’abbé Pierre, il ne les met jamais ». Du coup, on a le sentiment que vous mettez la bêtise et la méchanceté dans le même sac. Et là, je ne vous suis plus. Il ne faut pas confondre sac à malices et sac de nuds. La méchanceté, c’est pas de la connerie, c’est de la légitime défense. Vive la méchanceté ! Je sais bien que le fait que les chiens aboient n’empêche en rien la caravane de passer, mais au moins, pendant ce temps-là, les Bédouins ont chaud aux fesses. Y en a marre de ce dogme audio-visuel selon lequel il serait de bon ton de faire rire sans être méchant, avec à l’appui l’évocation rituelle de saint Coluche, l’homme des Restos du Cur, qui en avait un gros comme ça je parle du cur, bande de dégueulasses !
Coluche gentil ? Mon cul ! Coluche, c’était un teigneux, narcissique, caractériel, plein de revanches à prendre, c’est pour ça qu’il était bon. Les gentils, c’étaient les Sabatier-Foucauld, qui faisaient pleurer la France entière en invitant Gainsbourg à venir bavasser sur leurs micros les derniers lambeaux de son foie cirrhotique. C’est avec des bons sentiments que Pradel fait Perdu de vue, et avec les mêmes bons sentiments que Brigitte Bardot est capable de caresser, simultanément et dans le sens du poil, un bébé-phoque et un mari du Front National. Et c’est grâce au suffrage de plusieurs millions de braves Français qui chérissent leur femme et leur berger allemand, et payent leur tournée au bistrot, que Le Pen fait son beurre si j’ose dire. Donc, vive la méchanceté, vaut mieux avoir un bon Font qu’un bon fond, vive la haine, et c’est tant pis !

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.