Didier Porte, humoriste

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Rien à cirer

Index des textes de Didier Porte

pour Rien à cirer

Chronique télé : AB Productions

Jean-Claude Bouttier

Jérôme Duhamel

Jean-Charles de Fontbrune

Jacques Gaillot

Élizabeth Teissier

Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois

Jean-Charles de Fontbrune

Bonjour Jean-Charles. C’est un peu compliqué, comme prénom, « Jean-Charles ». Ça ne vous dérange pas que je vous appelle « Charlot » ? Je trouve que ça restitue bien la vérité de l’historien que vous êtes. Et puis c’est plus chaleureux, hein, Charlot ? Vous allez me dire : « Mais qu’est-ce que c’est que cette familiarité intempestive ? Nous n’avons pas gardé les bœufs ensemble ! ». C’est juste. Je ne fréquente pas vos lecteurs. Mais je suis un peu mage, moi aussi, figurez-vous. Dans mon quartier, on m’appelle Nostraportus. Faut dire que je lis l’avenir dans les objets les plus incongrus. Ainsi, ce matin, en changeant ma fille, j’ai lu dans sa Pampers que vous alliez regretter de ne pas être allé faire la promo de votre machin sur une autre antenne que la nôtre. En principe, je ne lis pas dans les couches-culottes usagées, mais là, il faut dire que je venais de feuilleter votre bouquin, il y avait donc une continuité naturelle dans la lecture.

Il y a quinze ans, lorsque vous aviez sorti votre premier Nostradamus, en lui faisant prédire l’invasion imminente de la France par les Cosaques, juste avant l’élection de Mitterrand, vous aviez cartonné à deux millions d’exemplaires, dont une bonne partie achetée dans le train Paris-Genève par d’admirables concitoyens lestés de leurs économies en petites coupures. Le genre de concitoyens moyennement citoyens mais vraiment très cons. En 1995, un mois après l’élection de Chirac, vous remettez ça en vous disant que, de toute façon, il y aura toujours dans de telles circonstances une petite moitié de Français inquiète pour son avenir, et donc pas mal de gogos prêts à cracher au bassinet pour voir leurs angoisses confirmées noir sur blanc. Et moi, Nostraportus, mage radiophonique de service public, je suis prêt à vous parier le wonderbra d’Élizabeth Teissier contre le râtelier de madame Soleil que, juste avant l’an 2000, disons au printemps 1999 pour profiter des vacances, vous allez nous pondre la suite de vos élucubrations. Tirage garanti : la bonne vieille trouille millénariste, ça ne peut que payer un max.

Bien sûr, vous allez me dire que vous n’êtes pas un margoulin, mais un historien, un érudit, un rationaliste convaincu et un positiviste forcené. Ben voyons ! Et moi, je suis Jean Alési, le chauffeur de Jacques Mellick, brillamment réélu ce week-end maire de Béthune. Ça fera au moins une catastrophe que Nostradamus n’aura pas prédite ! Pour illustrer votre rigueur scientifique, je vais citer une prédiction de Nostradamus, suivie de l’interprétation que vous en donnez, car je suis censé également faire rire le public. Je vous préviens, au début, c’est chiant :

Dame par mort grandement attristée,

mère et tutrice, au sang qui l’a quittée,

dame et seigneur faits enfants orphelins

par les aspics et les crocodiles

seront surpris, forts, bourgs, châteaux et villes.

Dieu tout-puissant les garde des malins !

Je suis sympa, j’ai pris un exemple simple. Je pense que tout le monde a compris la prédiction de Nostradamus. Enfin, quand même, c’est évident, voyons ! Vous n’avez pas compris ? C’est bien sûr de l’invasion d’Israël par les Égyptiens pendant la guerre du Kippour en 1973 qu’il s’agit ! Ça saute aux yeux, quand même, non ? La dame par la mort attristée, c’est Golda Meir, c’était une dame ; les crocodiles, c’est l’Égypte, ben si, y a des crocodiles dans le Nil, vous avez pas lu Astérix et Cléopâtre ? Les bourgs, châteaux et villes, c’est évidemment le désert du Sinaï, réputé pour son exceptionnelle densité de population ; et enfin, dans la dernière phrase, « Dieu tout-puissant les garde des malins », les malins en question, ce sont bien sûr les bougnoules !

Eh oui, c’est votre péché mignon, ça, Jean-Charles, les Arabes qui traversent la Méditerranée à dos de chameaux amphibies, avec un grand cimeterre entre les dents, pour venir violer nos filles et nos compagnes. Je dois manquer d’humour, vous voyez. Autant, dans leur ensemble, je trouve vos bouquins éminemment risibles, et c’est très bien, on est là pour ça, autant, dans un pays comme le nôtre, où le racisme est devenu le fléau numéro un avec le chômage, et où la barbarie s’installe dans des hôtels de ville de plus de cent mille habitants, vos fantasmes antiarabes étalés sur des dizaines de pages ne me font plus rigoler du tout. Votre Nostradamus, je le trouve un petit peu monomaniaque sur les bords, vous voyez. Je ne sais pas s’il était voyant, mais j’ai de plus en plus l’impression qu’il ne voyait que d’un seul œil, le bougre. En lisant ses prédictions, je me suis même surpris à penser à Élizabeth Teissier avec tendresse, c’est vous dire !

Alors, monsieur Jean-Charles de Fontbrune, je ne vous connais pas suffisamment pour mettre en doute votre bonne foi, mais permettez-moi quand même une remarque : si vous ne voulez pas qu’on vous rebaptise « Jean-Charles de Fontbrun », n’oubliez pas qu’un livre, surtout quand il fait couler beaucoup d’encre, peut aussi faire couler du sang.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.