Didier Porte, humoriste

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Rien à cirer

Index des textes de Didier Porte

pour Rien à cirer

Chronique télé : AB Productions

Jean-Claude Bouttier

Jérôme Duhamel

Jean-Charles de Fontbrune

Jacques Gaillot

Élizabeth Teissier

Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois

 

Jacques Gaillot

Jacques Gaillot

Deux jours à peine après la grande fête de la Nativité, alors que le placenta du petit Jésus est encore tiède, et que le chœur des chasses d’eau résonne dans les foyers où des millions de tonnes de foie gras et de chapons ont été dévorés en signe de solidarité avec les pauvres du monde entier, vous voilà assis sur ce siège impie souillé par l’incessant défilé des postérieurs du showbiz – et quand je dis « défilé », je suis sympa –, invité d’une émission où la libre pensée la plus débridée le dispute à la paillardise la plus immorale, et où chaque jour que Dieu fait, le nom de la Vierge Marie est blasphémé par Patrick Font, et celui de Mireille Mathieu par le reste de l’équipe. Ça fait mal au chroniqueur catholique que je suis de vous voir ici, monseigneur Gaillot. C’est un véritable coup de poing dans la figure pour moi, un coup de masse en plein front. Et pour vous le prouver, je vous dirais bien « touchez ma bosse, monseigneur », si je ne craignais que certaines interviews intempestives que vous avez données à « Gai-Pied Magazine » n’aient ébouché sur quelques malencontreuses conversions.

C’est qu’avec vous, il faut s’attendre à tout. Vous avez commencé à vous faire remarquer au début des années quatre-vingt en soutenant des objecteurs de conscience. Un peu plus, et l’évêque catholique que vous étiez prenait le parti des réformés. P4 d’accord, mais quand même, c’était choquant. Après ça, vous avez multiplié les prises de position iconoclastes, en faveur du préservatif, du mariage des prêtres, et même de l’ordination des femmes. Mais... Vous êtes fou, malheureux ! Un serviteur de Dieu doit avoir une paire de couilles ! Pourquoi croyez-vous donc que le pape s’est fait appeler Jean-Paul DEUX ? Hein ? Vous avez donné des interviews tous azimuts (qui rime avec « Belzébuth »), y compris au magazine « Lui », spécialisé dans la tenue d’Ève. Si on en croit la promptitude avec laquelle l’épiscopat vous a condamné, on en déduit que vos confrères évêques ne lisent pas que « Le Pèlerin-Magazine ».

Lorsque vos détracteurs vous reprochent votre incontinence médiatique, vous répondez que ce sont ceux qui n’entendent pas habituellement la parole de l’Église, vers lesquels vous souhaitez aller. Les gens pieux ne sont pas votre priorité. Vous préférez aller aux mécréants qu’aller aux pieux. C’est tout à votre honneur, pour un évêque. À ce propos, vous avez déclaré « La parole est comme une petite semence ». Je comprends ce que vous vouliez dire. Mais vous devriez quand même surveiller votre vocabulaire, monseigneur. Avouez que vous leur donnez des verges pour vous battre, à vos supérieurs. « La parole est comme une petite semence », quand même ! À ce compte-là, quand vous publiez un livre ou un article, on peut dire que vous signez une décharge, en quelque sorte.

On ne compte plus vos provocations, monseigneur. Oui, j’ai décidé d’arrêter de vous tutoyer, chien d’infidèle. Ainsi, je lis dans « Le Parisien » que vous roulez en 205 verte – la couleur de l’islam –, que vous aimez l’inspecteur Derrick, un protestant. L’année dernière, vous avez carrément passé les bornes du supportable, espèce d’apostat bolchévique, en participant à Frou-Frou, une émission animée par des femelles lubriques gavées de pilules contraceptives. Puis en dialoguant sur Arte avec Eugen Dewermann, théologien contestataire au nom pas très catholique. Le patron de la Conférence des Évêques de France, l’imam Duval, a alors lancé une fatwah contre vous, sous la forme d’une lettre qui vous était adressée personnellement, mais dont monseigneur Duval a délicatement envoyé une copie à tous les curés de France et de Navarre. Comme quoi, les bonnes vieilles méthodes de monseigneur Joseph Staline n’ont pas été perdues pour tout le monde. C’est un peu comme si Laurent Ruquier, ayant décidé de me virer pour avoir dit « bite » à l’antenne, envoyait ma lettre de licenciement à tous les auditeurs de France Inter.

Interruption de Laurent Ruquier : Bonne idée !

J’aime beaucoup le style de monseigneur Duval. Il commence comme ça : « Par cette lettre, je voudrais t’aider à te poser quelques questions ». Ce qui, en langage profane, signifie « J’ai le feu vert de Rome pour te faire bouffer ta soutane, salopard ! ». Ensuite, il ajoute « Ta position est source de souffrances pour beaucoup de catholiques ». Il fait allusion bien sûr à la fameuse position du missionnaire. Et de conclure par cette formule admirable : « Je t’assure de ma communion dans la prière », qui signifie à peu de choses près « Tare ta gueule à la prochaine conférence épiscopale ». Cette lettre était clairement destinée à vous abattre, votre démission a été évoquée, on a même parlé de vous placer sous la tutelle d’un administrateur apostolique, comme une vulgaire commode de Bernard Tapie. Manque de bol, la tentative a échoué, vous avez reçu pas moins de quarante mille lettres de soutien. Les méthodes de basse politique ont échoué contre les valeurs de tolérance et d’humanisme que vous incarnez avec courage et obstination. Et moi qui aurais tendance à bouffer du curé à tous les repas, je vous confesse que ce midi, exceptionnellement, je suis disposé à me mettre à la diète.

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Dernière mise à jour de cette page le mercredi 7 juillet 2010.